Tartare : l’abîme le plus profond de la mythologie grecque

Le Tartare est la région la plus profonde des enfers grecs — à la fois une divinité primordiale à part entière et l’abîme immense où sont enfermés en permanence les êtres les plus dangereux de la mythologie grecque. Ce n’est pas la même figure qu’Hadès, et le Tartare n’est pas simplement un autre mot désignant l’outre-tombe en général ; il se situe sous et au‑delà du domaine que traversent la plupart des âmes ordinaires.

Qu’est-ce que le Tartare dans la mythologie grecque ?

Le Tartare apparaît dans la Théogonie d’Hésiode, composée à la fin du VIIIe ou au début du VIIe siècle av. J.-C., comme l’un des quatre premiers êtres à exister, aux côtés de Chaos, de Gaïa et d’Éros. Hésiode donne à sa localisation une description frappante et délibérément mesurable : le Tartare se trouve aussi loin sous la terre que le ciel est au‑dessus d’elle. Il concrétise ensuite cette abstraction par l’une des images les plus vives de la mythologie grecque : une enclume de bronze lâchée depuis les cieux tomberait pendant neuf jours et neuf nuits avant d’atteindre la terre au dixième jour, et si on la lâchait de nouveau depuis la surface de la terre, elle retomberait encore pendant neuf jours et neuf nuits avant d’atteindre enfin le Tartare.

Un tel niveau de précision est inhabituel pour une description mythologique de distance, et il semble intentionnel. Hésiode veut que son auditoire comprenne que le Tartare n’est pas simplement « très profond », mais précisément, presque mathématiquement, inaccessible : une échelle de distance si extrême qu’elle fonctionne comme une déclaration d’isolement absolu plutôt que comme une géographie ordinaire.

Le Tartare est-il un dieu ou un lieu ?

Les deux, et cette double identité déconcerte les lecteurs modernes plus que presque tout le reste le concernant. Dans la couche la plus ancienne de la cosmogonie grecque, le Tartare est un être primordial, suffisamment personnifié pour engendrer le monstre Typhon avec Gaïa. En même temps, « Tartare » est aussi simplement le nom de l’abîme lui‑même, le lieu physique où ont lieu les emprisonnements ultérieurs.

Ce chevauchement entre divinité et lieu n’est pas unique au Tartare. Gaïa est à la fois déesse et terre ; Pontos est à la fois dieu et mer. La religion grecque archaïque acceptait qu’un nom puisse désigner à la fois une personnalité et la réalité physique que cette personnalité représente, sans en faire une contradiction nécessitant réparation, un schéma qui parcourt presque toute la génération primordiale.

Le Tartare et la titanomachie

Le Tartare devient central dans le récit mythologique plus large pendant la titanomachie, la guerre de dix ans entre les dieux olympiens dirigés par Zeus et la génération plus ancienne des Titans. Après la victoire de Zeus et de ses alliés, les Titans vaincus sont précipités dans le Tartare et scellés derrière d’immenses portes de bronze, gardées par les Hécatonchires, ces mêmes géants aux cinquante têtes et cent bras qui avaient autrefois été emprisonnés par Ouranos et furent ensuite libérés par Zeus spécialement pour servir de geôliers à ses anciens rivaux.

Cet emprisonnement fonctionne moins comme une peine pure et dure que comme une quarantaine cosmique. L’ancien ordre divin n’est pas détruit sur‑le‑champ ; il est contenu, scellé dans l’unique lieu d’où rien n’est censé s’échapper, afin que le nouvel ordre olympien de Zeus puisse s’établir sans être constamment remis en cause par la génération qu’il a remplacée. Cette distinction entre destruction et confinement importe pour comprendre la logique plus large du mythe grec : même les dieux disparaissent rarement complètement une fois vaincus.

En quoi le Tartare diffère-t-il d’Hadès ?

Hadès désigne à la fois le dieu qui règne sur l’outre‑tombe et, par extension, le domaine plus large où résident les âmes des morts ordinaires. Le Tartare est une région distincte et plus profonde, réservée non pas aux âmes mortelles ordinaires mais aux rebelles divins, aux menaces monstrueuses et, dans la tradition littéraire postérieure, à un petit nombre de criminels humains particulièrement notoires.

Si Hadès est un royaume, le Tartare fonctionne plutôt comme la cellule la plus sûre à l’intérieur de celui‑ci, ou, dans les sources cosmogoniques les plus anciennes, comme une structure qui existe indépendamment du pouvoir d’Hadès, plus ancienne et plus basse que son domaine. Les deux sont liés, partageant le même territoire général de « l’outre‑tombe » dans l’imaginaire ancien, mais les auteurs antiques évitaient généralement de les traiter comme interchangeables, surtout dans les textes plus philosophiques ou théologiques où la précision sur la géographie cosmique avait de l’importance.

Qui a été emprisonné dans le Tartare ?

Les Titans sont les prisonniers les plus célèbres du Tartare, précipités en groupe après leur défaite pendant la titanomachie. La tradition littéraire postérieure, en particulier la poésie romaine comme l’Énéide de Virgile, étend considérablement la population du Tartare, le peuplant de pécheurs mortels ayant commis des crimes contre les dieux ou violé les codes sacrés d’hospitalité et de fidélité familiale.

Des figures comme Ixion, condamné à tourner éternellement sur une roue de feu pour avoir tenté de séduire Héra, et Tantale, puni pour avoir servi son propre fils aux dieux comme repas, sont associées à cette couche la plus profonde de la punition de l’outre‑tombe dans la tradition postérieure, bien que les sources grecques les plus anciennes répartissent parfois leurs tourments plus librement dans l’outre‑tombe en général plutôt que spécifiquement à l’intérieur du Tartare. Sisyphe, condamné à pousser éternellement un rocher en haut d’une colline pour le voir retomber, est une autre figure que la tradition postérieure localise fréquemment dans le Tartare, même si le récit plus ancien d’Homère le situe simplement dans l’outre‑tombe sans ce détail géographique précis.

Le Tartare dans la littérature romaine

Au moment où Virgile compose l’Énéide au Ier siècle av. J.-C., le Tartare est devenu un espace beaucoup plus richement imaginé que dans la brève description axée sur la mesure d’Hésiode. Virgile lui donne des murailles fortifiées, un triple cercle de défenses, une rivière de feu nommée Phlégéthon et une figure monstrueuse veillant à ses portes, des détails qui doivent autant à l’invention littéraire romaine qu’à la tradition grecque héritée. Ce Tartare élargi et architecturalement détaillé a exercé une influence énorme sur les représentations occidentales ultérieures de la punition infernale, y compris les imaginaires médiévaux et de la Renaissance qui ont emprunté sa forme générale tout en remplaçant ses habitants par des figures issues d’un cadre religieux entièrement différent.

Pour une vue d’ensemble de la place du Tartare parmi les autres dieux primordiaux, voir le guide des Dieux primordiaux, qui fait partie du guide complet du panthéon grec de Godspire.

Questions fréquemment posées

Le Tartare est-il identique à l’Enfer ?

Pas exactement. Le Tartare précède de plusieurs siècles les concepts chrétiens de l’Enfer et fonctionne différemment : il est spécifiquement réservé aux rebelles divins et aux transgresseurs les plus extrêmes, pas aux pécheurs ordinaires, et il existe dans une cosmologie polythéiste plutôt que dans un système de jugement moral post‑mortem unique.

Le Tartare est-il un dieu ou un lieu dans la mythologie grecque ?

Les deux. Le Tartare est l’une des divinités primordiales nommées dans la Théogonie d’Hésiode, et le même nom désigne également l’abîme physique qu’il personnifie.

Quelle est la profondeur du Tartare selon Hésiode ?

Hésiode illustre la profondeur à l’aide de l’image d’une enclume de bronze : lâchée des cieux, elle tomberait pendant neuf jours et neuf nuits avant d’atteindre la terre, puis, lâchée de la terre, encore neuf jours et neuf nuits avant d’atteindre le Tartare.

Qui garde les portes du Tartare ?

Les Hécatonchires, ces géants aux cinquante têtes et aux cent bras, gardent les portes du Tartare et maintiennent les Titans emprisonnés à l’intérieur.

Quelle est la différence entre le Tartare et Hadès ?

Hadès est à la fois le dieu régnant sur l’outre‑tombe et le domaine général des morts. Le Tartare est une région distincte et plus profonde, située dans ou sous ce domaine, réservée aux rebelles divins et aux punitions les plus dures plutôt qu’aux âmes ordinaires des défunts.

Pour la vue d ensemble complete, consultez le guide des dieux primordiaux, qui fait partie du guide complet de Godspire du pantheon grec.

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